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Fimeco Baker Tilly Expert-Comptable Audit et Conseil

Avec le Job Act italien, « un tabou est tombé »

Avec le Job Act italien, « un tabou est tombé »

« Conseil aux Français qui veulent imiter le Job Act italien : oui quant à l’esprit, mais soyez prudents concernant sa mise en œuvre », prévient Stefano Liebman, professeur de droit du travail à l’université Bocconi de Milan.

Le Job Act a-t-il véritablement été une révolution pour le marché du travail italien ?

C'est pas une nouveauté absolue. Le gouvernement Monti, avec sa ministre du Travail et des politiques sociales Elsa Fornero, s'était déjà attaqué à la simplification des règles le régissant, en particulier concernant une flexibilité accrue. Mais la loi adoptée dans la précipitation, en pleine crise financière avec l'Italie en proie à la spéculation des marchés, a été mal préparée et n'a pas simplifié mais complexifié les choses. Un tabou était néanmoins tombé et la réforme de Matteo Renzi a eu le mérite de rationaliser les mesures concernant les licenciements. Il a également mis en place des amortisseurs sociaux qui n'existaient pas dans notre législation. Savoir clairement ce qui est possible de faire et de ne pas faire est important pour les employeurs et les investisseurs.

Quelles sont ses limites ?

Même si une Agence Nationale pour venir en aide aux chômeurs et les aider à retrouver du travail a été mise en place, elle manque de moyens. Toute réforme sur la flexsécurité du marché du travail, pour répondre à son objectif, doit certes s'occuper de la flexibilité de l'emploi, mais ne pas négliger la sécurité pour les travailleurs.

La réforme souffre également de l'échec du référendum du mois de décembre dernier. La réforme constitutionnelle prévoyait une reprise en main majeure de la part de l'Etat des politiques sociales qui sont gérées par les régions. Elles conservent donc tout leur poids avec les disparités énormes d'efficacité que nous connaissons entre celles du nord et celles du sud. Enfin il est illusoire de penser que le chômage baisse simplement en changeant la législation. Ce sont les investissements et le contexte économique avant tout qui permettent la création d'emplois.

Quel regard portez-vous sur l'élaboration du Job Act et la mise en oeuvre de la réforme ?

La tentative de réforme du marché du travail entreprise par Mario Monti s'est effectuée dans l'urgence de la crise et avec le souci de ne pas mécontenter les partenaires sociaux. Matteo Renzi, lui, ne s'en est pas soucié. Pressé d'obtenir des résultats il ne s'est pas soumis aux longues négociations avec les syndicats et le patronat.

Même si il a corrigé nombre de défauts des textes présentés par son prédécesseur, il a négligé le rôle de médiation pour obtenir un consensus de la part des partenaires sociaux. Et c'est indispensable pour la réussite de l'application des grandes réformes sociales. C'est le conseil que je me permettrais de donner aux Français qui veulent imiter le Job Act italien. Oui quant à l'esprit, mais soyez prudents concernant sa mise en oeuvre. Il faut du temps, du calme et surtout de l'argent pour accompagner les travailleurs victimes de la flexibilité accrue du marché du travail.

source : www.lesechos.fr

 

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