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Fimeco Baker Tilly Expert-Comptable Audit et Conseil

Le succès en trompe l'oeil du dispositif « Embauche PME »

Le succès en trompe l'oeil du dispositif « Embauche PME »

Pas moins d'un million d'embauchés auront bénéficié en 2016 de cette prime annoncée en janvier. Que des CDI et des CDD de plus de six mois.

François Hollande est content. De lui, comme toujours, mais aussi de la spectaculaire baisse du chômage de septembre (plus de 60 000 inscrits en moins en catégorie A sur un mois), révélée il y a une semaine. 
Le chef de l'Etat s'est notamment réjoui, sur son compte Facebook, de « l'efficacité de plusieurs dispositions dont on peut aujourd'hui mesurer l'impact ». À savoir « le développement de l'apprentissage et le soutien à l'investissement » bien sûr. 

Mais aussi, et surtout, «le dispositif embauche PME, qui a dépassé les 800 000 recrutements» à cette heure. Depuis plusieurs mois, l'exécutif place cette mesure à l'avant-garde de sa communication sur le volet efficacité de la lutte contre le chômage.

Et pour cause ! Le dispositif a le grand mérite de fonctionner : pas moins de 800 000 demandes d'aide, depuis son lancement en janvier, ont en effet été enregistrées par le ministère du Travail. Un plébiscite. Son principe est, il est vrai, on ne peut plus simple : les entreprises de moins de 250 salariés qui embauchent en CDI ou en CDD de plus de six mois un salarié payé jusqu'à 1,3 smic peuvent prétendre à une aide de 4 000 euros sur deux ans à coup de virements de deux ans, à coup de virements de 500 euros par trimestre. 

Pour un salarié rémunéré au smic, l'aide représente un coup de pouce équivalent à 11,4 % de son salaire chargé. Cerise sur le gâteau, elle est cumulable avec les autres dispositifs de réduction des charges : allègements Fillon, CICE, pacte de responsabilité...

Lors du salon Planète PME à Paris à la mi-octobre, Myriam El Khomri se félicitait déjà du succès du dispositif, la ministre du Travail précisant que « les deux tiers des demandes concernent des CDI, donc nous encourageons l'emploi durable à travers cette aide-là ». Un argument facialement imparable mais qui ne convainc pas quand on rentre dans les détails. La prime à l'embauche est certes très appréciée des employeurs, comme l'illustre le haut niveau des demandes.

Dans un environnement incertain, elle peut au mieux les rassurer.

Mais il n'en reste pas moins vrai que, pour la très grande majorité d'entre eux, le dispositif n'a eu aucun effet sur leur décision d'embaucher. « Je n'ai jamais entendu un de nos clients dire: il y a un dispositif d'aide à l'emploi, je vais embaucher, témoigne ainsi Michel Gire, associé gérant du cabinet GMBA Baker Tilly. Dans la pratique, c'est nous, au cabinet, qui informons les entreprises des aides auxquelles elles peuvent prétendre en fonction de leurs projets. Les chefs d'entreprise aspirent bien plus à un environnement pérenne qu'à ces coups de pouce ponctuels. »

Effet d'aubaine maximal Deux études ont d'ailleurs mesure ces derniers mois l'effet d'aubaine induit par la prime. La première a été réalisée par l'Insee en juin. Sa conclusion ? Le dispositif « Embauche PME » représentera 1 million de recrutements d'ici à la fin de l'année, pour un coût de 2,5 milliards d'euros. Selon les experts de la direction statistique, seuls 40 000 contrats n'auraient pas été conclus sans le dispositif.

L'effet d'aubaine est donc maximal, supérieur à... 95 %.

Les conclusions du Trésor, dont les économistes se sont également penchés sur le dispositif dans une note publiée en août, ne sont pas très éloignées. Selon eux, la contribution finale de la prime à l'embauche « serait estimée à 60000 emplois supplémentaires en fin d'année ». Soit un effet d'aubaine similaire, selon lequel sur 100 contrats ayant bénéficié de la prime, 94 auraient vu le jour même si le gouvernement n'avait pas décidé de subventionner les embauches dans les PME. Ça fait cher le coût de l'emploi effectivement créé : plus de 41 600 euros. Pis, la prime n'étant versée que pendant deux ans, l'impact sur le niveau d'emploi total s'annulerait à horizon cinq ans...

Source : Le Figaro - Novembre 2016

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