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Le signal alarmant envoyé par la BPI aux créateurs d'entreprise

Le signal alarmant envoyé par la BPI aux créateurs d'entreprise

BPI France a décidé, discrètement, de la fin de ses prêts à la création d'entreprise (PCE), qui soutenaient les sociétés naissantes

Les faits - Dans un contexte de croissance nulle et d'investissements au point mort en France, les créations d'entreprises constituent un petit bastion de résistance. De janvier à juin 2014, 285 964 d'entre elles ont vu le jour dans notre pays, ce qui marque une hausse de 2% par rapport au premier semestre 2013. Et c'est paradoxalement le moment choisi par la BPI pour couper des crédits alloués aux sociétés naissantes.

Sur le site de BPI France, la page consacrée au prêt à la création d'entreprise (PCE) explique toujours que 150.000 entrepreneurs en ont bénéficié depuis 2000 et qu'il a permis de générer 200.000 emplois. Elle vante aussi la rapidité du dispositif : il faut 10 jours pour que les fonds soient disponibles. Ce PCE a tout pour plaire : un prêt de 2000 à 7000 euros sur cinq ans, sans caution personnelle ni garantie, avec des remboursements différés de 6 mois... et qui présente un fort effet de levier de financement de l'économie, puisqu'il est accompagné obligatoirement d'un prêt d'une banque privée, équivalant au moins à deux fois le montant du prêt de la BPI. Ce qui revient à dire que le secteur bancaire finance des investissements en équipements, machines, véhicules, sur lesquels il peut prendre des garanties, et que la BPI assure le fond de roulement des entreprises naissantes : les premiers salaires ou les stocks, par exemple.

Un cofinancement prometteur... sauf que le dispositif est voué à disparaître. «Bercy estime que la banque publique doit accentuer sa politique de garanties et faire moins de financement. On a donc demandé à la BPI de faire des économies et d'en finir avec les PCE, même si ceux-ci ne représentent pas des sommes folles : 70 millions d'euros par an. Mais en supprimant 70 millions de subsides de la banque publique, on fait disparaître un total de 210 millions d'euros de financements annuels, en comptant les concours des établissements privés, déplore un acteur influent du financement des jeunes sociétés. Cet assèchement du crédit est un signal déplorable envoyé aux entrepreneurs. Le contraire de ce qu'il faudrait faire.»

La fin programmée du dispositif fait d'autant plus grincer des dents que les banquiers privés l'ont appris incidemment, au cours d'une réunion avec l'état-major de la BPI, destinée justement à renforcer les liens de travail. L'institution n'a pas prévu de communiquer sur la fin du dispositif, qu'elle espérait la plus discrète possible. D'ailleurs, lorsque nous l'avons contactée, la banque publique s'est refusé à tout commentaire. Un projet de remplacement serait en cours d'élaboration mais il serait prématuré d'en parler.

Le PCE est victime d'économies, mais aussi d'arbitrages politiques. Si, en 2013, la BPI a investi au capital du fabricant d'ingrédients naturels Naturex (12 millions) et de Technicolor ( 54 millions), son dernier coup d'éclat a consisté à prévoir un investissement qui pourrait aller jusqu'à un milliard d’euros au capital d’Alstom, dans le cadre du rapprochement avec General Electric. «Les politiques envoient la BPI faire le pompier sur les dossiers chauds. Comme ses fonds ne sont pas extensibles, elle doit arbitrer et rogner sur les choses les moins visibles, comme le PCE. La BPI pense que les banques privées vont prendre le relais sur les PCE. Mais ce sont des crédits qui présentent un taux de défaut de 30% par an, puisqu'ils financent des projets naissants. Il sont, certes, coûteux pour la banque publique... Mais ils le sont aussi pour nous seuls, explique un banquier. Le partage des risques étaient une bonne solution. sa présence dans un dossier constituait un élément de confiance. La BPI est une banque de place, elle doit pallier les insuffisances du marché. »

Source : L'opinion.fr

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